Bundesliga

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Comme le disait Sepp Herberger : la balle est ronde. En football, tout peut arriver ; en Bundesliga, aussi. En plus d’un demi-siècle d’existence, la Bundesliga est devenue un élément inséparable de la société allemande. Son formidable succès en a fait la compétition sportive la plus populaire du pays, ainsi que l’une des meilleures ligues de football au monde.

Retour en arrière - la Bundesliga voit le jour le 24 août 1963, neuf ans après le premier sacre mondial de l’équipe d’Allemagne. Parmi les « Héros de Berne », seuls Max Morlock, Helmut Rahn et Hans Schäfer sont encore en activité, soit les trois derniers protagonistes d’une époque à laquelle le football jouissait de l’image romantique d’un sport joué par onze amis : sur la Viktoria, le trophée décerné au champion d’Allemagne de 1903 à 1944, était gravée la phrase « Elf Freunde müsst ihr sein, wenn ihr Siege wollt erringen » - « Onze amis vous devez être, si des victoires vous voulez atteindre ». En ce mois d’août 1963, les trois amis Morlock, Rahn et Schäfer participent aux prémices de la métamorphose du football allemand. Aujourd’hui, bien des choses ont changé – sur, comme à l’écart du terrain.

Les premiers gardiens de buts de Bundesliga jouent sans gants et les numéros des joueurs vont du 1 au 11 – il y a bien 11 jours sur le terrain, après tout. Les remplacements ne sont introduits qu’en 1967, mais ne sont autorisés que si le médecin de l’équipe les juge nécessaires. Pas de chaussures multicolores, pas de sponsors sur les maillots. Assister à un match de Schalke 04 coûte 1,40 Deutsche Mark et la télévision ne diffuse que les résumés de trois rencontres par journée de Bundesliga ; pour les autres, il faut acheter le journal… Les charmants stades à l’ancienne sont faits de bois et le tableau d’affichage est modifié manuellement. Les joueurs exercent bien sûr des emplois en parallèle et un plafond salarial de 1 200 Deutsche Mark leur est imposé pour leur activité de footballeur.

Encore un championnat amateur il y a 50 ans, la Bundesliga est depuis devenue une véritable institution. Chaque week-end, et notamment chaque samedi après-midi à 15h30, des millions de fans, hommes et femmes, se rendent au stade ou allument leur téléviseur – toutes les autres activités de fin de semaine passent alors au second plan. Durant les trois premières décennies d’existence de la Bundesliga, ceux qui n’ont pas la chance d’aller au stade allument leur poste de radio, qui était alors le principal moyen de suivre les rencontres en direct.

Aujourd’hui, les fans ont la possibilité de suivre tous les matchs au même moment, dans ce que l’on appelle communément un « multiplex ». Il est devenu presque impossible de passer à côté d’un but, d’une action – car les médias diffusent aujourd’hui les images de la Bundesliga au quotidien. Pourtant, lors de ses deux premières saisons, la Bundesliga n’avait aucun contrat de diffusion télévisée. Ce n’est qu’en 1965 que la DFB signe son tout premier accord avec les deux chaînes TV publiques allemandes pour un montant de 647 000 Deutsche Mark. Aujourd’hui, les clubs des deux premières divisions touchent environ 2000 fois plus ; une hausse qui n’est pas entièrement due à l’inflation...

Entre la création de la DFB et celle de la Bundesliga, 60 ans se sont écoulés. La République Fédérale d’Allemagne est le dernier pays européen à avoir créé son propre championnat national ; avant la seconde guerre mondiale, il existait 20 ligues au total. Après 1945, il en existait cinq : quatre championnats régionaux et la ligue de Berlin.

La conception de la Bundesliga débute le 28 juillet 1962. Lors d’une assemblée générale à Dortmund, la DFB approuve la création d’un championnat à échelle nationale (102 votes pour, 26 contre), qui porterait le nom « Bundesliga », le mot « Bund » signifiant fédération, en référence à la République Fédérale d’Allemagne. A cette époque, l’inquiétude règne quant au niveau du football allemand au niveau international suite aux mauvaises performances de l’équipe d’Allemagne lors de la Coupe du monde au Chili. Les meilleurs joueurs allemands commencent alors à quitter le pays pour signer dans des clubs italiens, où les salaires sont bien plus élevés.

Depuis 1963, la professionnalisation du football allemand a eu des répercussions fantastiques : deux sacres mondiaux et autant de sacres européens pour l’équipe nationale, ainsi que 17 sacres européens en club.

La Bundesliga n’a pourtant pas connu que des jours heureux ; les records d’affluence de ces dernières années ne doivent pas faire oublier un passé moins reluisant. Le scandale des matchs truqués en 1971, première crise majeure de la Bundesliga, a laissé des traces : les fans restaient chez eux, refusaient d’aller au stade et les revenus des clubs étaient en chute libre. En 1973, l’idée fut proposée de scinder la Bundesliga en deux championnats de neuf équipes, ceci afin de réduire les coûts de déplacement - fort heureusement, cette suggestion du FC Cologne fut rejetée.

Une vingtaine d’année plus tard, lors d’une réunion à Stuttgart au mois d’avril 1990, la DFB décide de réduire à 16 le nombre de clubs de Bundesliga à compter de la saison 1992/1993. Mais les bouleversements politiques de l’autre côté du « rideau de fer » et la réunification allemande qui en a résulté en octobre 1990 ont réduit ce projet à néant ; si l’Allemagne grandissait, la Bundesliga ne pouvait rétrécir.

Cette période de réunification nationale coïncide avec l’explosion de la popularité de la Bundesliga. En 1989/90, la moyenne d’affluence dans les stades était de 19 880. Suite au sacre de la Nationalmannschaft au mondial italien de 1990, la moyenne explose ; pour la saison 1997/98, elle dépasse déjà les 30 000.

Un facteur économique essentiel pour l’essor de la Bundesliga a également été la participation de chaînes de télévision privées. Grâce aux stades modernes construits pour la Coupe du monde 2006, la moyenne d’affluence a aujourd’hui largement dépassé les 40 000. Celle de la 50e saison de Bundesliga (42 623), certes en-dessous de celle de la saison précédente (45 116) en raison de la présence en Bundesliga d’équipes jouant dans des petits stades, reste la 3e meilleure moyenne de l’histoire.

La DFB et l’association DFL, qui regroupe les clubs de Bundesliga depuis l’an 2000, ne sont pas peu fiers de ces records d’affluence qui rendent le championnat d’Allemagne si attractif aux yeux des joueurs, toujours plus nombreux à tenter l’aventure allemande depuis l’arrêt Bosman. Financièrement, aucun autre championnat ne se porte aussi bien. Pour l’attribution d’une licence, un système strict imposé par la DFL et la DFB force les clubs à agir de façon responsable – un système inexistant lors des jeunes années de la Bundesliga. Depuis l’introduction de ce système, aucune demande de licence n’a été rejetée.

Depuis 1963, plus de 430 millions de tickets ont été écoulés, faisant de la Bundesliga l’un des plus grands divertissements du pays, plus que n’importe quel opéra, comédie musicale, cinéma ou série télévisée. Les joueurs en sont les acteurs, mais contrairement aux acteurs traditionnels, les footballeurs ont un avantage indéniable, résumé jadis par Sepp Herberger : « Les gens regardent un match de football car ils ne savent pas comment il va se terminer ».

Certains affirmeront que cette citation est dépassée, arguant que la domination du FC Bayern Munich et d’un cercle fermé de trois ou quatre clubs mettent à mal le suspense. Pourtant, malgré sa surpuissance et ses 26 titres de champions en 53 saisons de Bundesliga (2016), le Bayern est très souvent détrôné. « N’importe qui peut battre n’importe qui en Bundesliga » - cette citation d’Otto Rehhagel est, elle aussi, toujours d’actualité. Sur les dix dernières années, la Bundesliga a connu quatre champions différents. Avant le Bayern Munich, le football allemand a déjà connu plusieurs superpuissances : la première était celle du 1. FC Cologne – doté de la meilleure stratégie, le club que l’on surnomme tout simplement le « FC » était le mieux préparé pour l’aventure en 1963.

La Bundesliga, après avoir donné cinq champions différents lors de ses cinq premières années d’existence (1. FC Cologne, Werder Brême, 1860 Munich, Eintracht Brunswick et 1. FC Nuremberg), a ensuite laissé place à la domination du Borussia Mönchengladbach et du Bayern Munich, qui se partagèrent le trône de 1969 à 1977. Les cinq titres de Gladbach ont été obtenus dans des circonstances difficiles, dans un stade de petite taille et avec des moyens financiers par conséquent limités. Le Bayern, jouant dans l’immense Stade Olympique construit pour les Jeux de 1972 et fort d’un professionnalisme et d’une confiance en soi déjà très développée à l’époque, s’impose lui aussi petit à petit et tient tête au Borussia Mönchengladbach. Pendant 15 ans, Maier, Beckenbauer et Müller serviront de colonne vertébrale aux nombreux succès du club.

Pendant cette période, les « Poulains » de Mönchengladbach finissent champions cinq fois en huit saisons. Les passes longues du grand Günter Netzer trouvaient souvent preneur – notamment les buteurs Allan Simonsen et Jupp Heynckes. Malheureusement, le manque de moyens financiers empêchera le club rhénan de continuer à jouer les premiers rôles sur le long terme. Le dernier titre du club remonte à 1977 – depuis, le Bayern a dû faire face à d’autres challengers.

Le Borussia Dortmund (cinq titres), le Werder Brême (quatre), le Hambourg SV et le VfB Stuttgart (trois chacun) et le FC Cologne (deux) ont tous eu l’honneur de soulever la Meisterschale à plusieurs reprises, sans oublier les deux sacres du FC Kaiserslautern : en 1990/91, le « FCK » de Kalli Feldkamp termine champion à la surprise générale après avoir lutté contre la relégation la saison précedente. La surprise est encore plus grande 7 ans plus tard : fraichement promu en Bundesliga pour la saison 1997/98, le Kaiserslautern d’Otto Rehhagel remporte la Meisterschale dans la foulée – le plus grand exploit de l’histoire de la Bundesliga.

Le titre du VfL Wolfsburg en 2009 relève lui aussi de l’exploit : 9e à la trêve, l’équipe entraînée par Felix Magath dispute une impressionnante phase retour qui l’emmène vers son tout premier titre de champion. La Bundesliga réalise un nouvel exploit quelques années plus tard : en point d’orgue de la saison 2012-2013, le Bayern de Jupp Heynckes affrontait le Borussia Dortmund de Jürgen Klopp en finale de la Ligue des champions, à Wembley. Un tel exploit sera difficile à renouveler ; mais comme l’affirmait Sepp Herberger…