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Neuer : « Je nous crois capables de tout »

Manuel Neuer a été élu « Joueur de l'année » 2020 à une écrasante majorité par le Fan-Club de la Nationalmannschaft. Pour DFB.de, le gardien de but de 34 ans revient sur une année sportive exceptionnelle, parle de l'Allemagne en tant que nation de gardiens et se livre sur les objectifs de La Mannschaft pour l’EURO.

DFB.de : Avec quelles résolutions avez-vous commencé 2021, Monsieur Neuer ?

Manuel Neuer : La nouvelle année ne signifie pas grand chose pour moi, du moins pas dans le sens où je repense et adapte mon comportement ou mon attitude. C'est pourquoi je n'ai pas de résolution du Nouvel An. Je veux rester en bonne santé, faire tout ce que je peux pour mon sport, être digne de mon rôle de modèle et être là pour ma famille et mes amis. Mais c'est une résolution pour la vie et cela n'a rien à voir avec le Nouvel An.

DFB.de : Quels sont vos espoirs pour 2021 ?

Neuer : Le premier, le même que le monde entier je pense, c’est que nous puissions venir à bout de cette pandémie et retrouver nos vies d’avant. Lorsque cela se produira, j'espère que l'humanité se rendra compte de son privilège et saura mieux l’apprécier. Personnellement, j'espère que je resterai en bonne santé et sans blessure et que je continuerai à prendre du plaisir en jouant au football.

DFB.de : L'année 2021 a bien commencé pour l'international Manuel Neuer. Les supporters vous ont élu, via le Fan-Club de la Nationalmannschaft et de DFB.de « Joueur de l'année » 2020, avec plus de 50 % des suffrages vous plaçant à la première place. Avez-vous été surpris que le vote vous ait été aussi favorable ?

Neuer : Je n'y ai pas trop réfléchi avant. Mais le fait est, comme Oliver Bierhoff nous le dit souvent, que vous restez toujours un international En sélection, en club, même en tant que personne privée. Et il a raison sur ce point. Je crois que les fans ne regardent pas seulement les matchs internationaux, mais aussi les performances des joueurs nationaux dans leur ensemble. Et c'est pourquoi il était fort probable que le choix se porterait sur un joueur du Bayern Munich.

DFB.de : La liste de vos récompenses est longue comme le bras et compte désormais une ligne de plus. Quel prix individuel a le plus d'importance pour vous - celui de « Meilleur gardien mondial » ?

Neuer : Les prix décernés à ma fondation ont aussi une importance particulière, mais sur le plan sportif oui, rien ne vaut le titre de « Meilleur gardien mondial ». Être désigné comme le meilleur du monde à mon poste n’est pas négligeable.

DFB.de : Vous avez remporté ce titre pour la cinquième fois à la fin de l'année 2020. L'objectif est-il une sixième récompense pour devenir ainsi le seul détenteur du record ?

Neuer : Ces prix ne sont jamais un objectif immédiat, mais suivent les performances et les succès. Mon but est toujours d'améliorer mes performances et de réussir à bien jouer au football avec mes équipes. Une autre récompense n'est envisageable que si nous faisons un bon championnat d'Europe avec l'équipe nationale et que nous avons autant de succès avec le Bayern que l'année dernière. Surtout les années de tournoi, les deux choses doivent aller de pair : succès et bonnes performances tant avec l'équipe nationale qu'en club.

DFB.de : Des titres comme celui-ci ont-ils un impact sur votre jeu ? Quelle influence ont-ils sur les attaquants adverses ?

Neuer : Je ne sais pas si les récompenses jouent là-dessus, mais il est clair que dans les duels entre attaquants et gardiens, l’aspect psychologique est important. Je ne peux pas lire dans la tête des joueurs, donc je ne peux pas juger ce qu'ils pensent quand ils sont face à moi. Souvent, on dit que les attaquant pensent devoir faire quelque chose de spécial face à moi. Si c'est vrai - je ne le sais pas.

DFB.de : Et l’inverse ? Que se passe-t-il dans votre tête lorsque Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi apparaissent devant vous ? Avez-vous cette pensée : « Voici le meilleur joueur du monde, si je veux le contrer, je dois faire quelque chose de spécial » ? Ou bien les gardiens de but ont-ils l'avantage, dans cette situation, de ne pas avoir à agir eux-mêmes, mais de pouvoir réagir à une action ?

Neuer : Pour résumer, celui qui peut agir a toujours l'avantage. C'est aussi ce que je cherche. Mon jeu haut sur le terrain est conçu pour agir et déterminer les choses. C'est différent pour les duels en face à face. Quand Cristiano Ronaldo apparaît devant moi, bien sûr je connais ses capacités, je sais ce qu'il peut faire. Mais ses titres et ses récompenses ne changent pas mon comportement, ce sont ses compétences que je connais et auxquelles je me prépare.

DFB.de : Vous êtes le « Meilleur gardien mondial », votre collègue du Bayern, Robert Lewandowski, est le « Meilleur joueur mondial ». Ces titres sont-ils liés entre eux ?

Neuer : Pourquoi le seraient-ils ?

DFB.de : Parce qu'à l'entraînement, on apprend à stopper les tirs du meilleur footballeur du monde, et il apprend à tromper le meilleur gardien de but du monde.

Neuer : De manière générale, c’est toujours bénéfique de se mesurer aux meilleurs joueurs. Et de ce côté-là, nous sommes servis au Bayern. Quant à Lewi : Nous ne nous faisons pas de cadeau, je suis très heureux qu'il joue dans notre équipe et que nous puissions nous affronter à l'entraînement. C’est bien d’affronter des joueurs de haut niveau. Pour moi, il est clair qu’on joue comme on s’entraîne.

DFB.de : Non seulement vous avez gagné de nombreux titres en 2020, mais vous avez aussi été couvert de compliments. Après la finale de la Ligue des champions, Thomas Tuchel, alors entraîneur du PSG, a parlé de distorsion de la concurrence en ce qui concerne votre performance, et ce n'est qu'un exemple. Comment percevez-vous de tels commentaires ?

Neuer : Je suis très heureux des compliments qui viennent de gens qui connaissent leur métier. Les joueurs ou les entraîneurs, en d'autres termes. Pour reprendre votre exemple : c'était agréable d'entendre que Thomas Tuchel a une si haute opinion de moi. Mais j’apprécie encore plus les compliments des gens que je côtoie au quotidien. Cela ne doit pas toujours se faire sous forme de mots. Il est généralement bon pour moi de ressentir la satisfaction des entraîneurs et des coéquipiers. Mon jeu est risqué et offensif, il se développe grâce à ma confiance en mes capacités - et la confiance de mes coéquipiers est très importante à cet égard.

DFB.de : Sur Internet, vous trouverez des vidéos variées et incroyablement longues présentant vos meilleures actions en 2020. Avez-vous une action favorite ?

Neuer : En 2020, nous avons eu beaucoup de rencontres à élimination directe, beaucoup de finales, de matchs serrés avec la qualification en jeu. J'ai réussi à être présent pour l'équipe dans ces moments-là, même parfois dans des duels directs contre un adversaire. Je me souviens de ces situations avec plaisir, mais il n’y a pas une action que je place au-dessus des autres.

DFB.de : Lors de la finale de la Coupe d’Allemagne contre le Bayer Leverkusen, vous avez délivré une passe décisive pour Robert Lewandowski. Cette action n’a pas une place particulière ?

Neuer : Oui, ce genre d’action est « top ». Pour la réussir, il faut avant tout une bonne maîtrise du ballon. Pour ce qui concerne plus spécifiquement le poste de gardien de but, il s'agit plutôt d’arrêts ou d’actions en face à face. Parmi eux, certains ont plus d'importance en raison du contexte. Les sauvetages devant Neymar et Mbappé en finale de Ligue des champions en font partie, mais aussi quelques autres, par exemple en demi-finale contre Lyon.

DFB.de : En 2020, il y a eu quatre matchs internationaux que vous n’avez pas disputés. Qu'est-ce que cela vous a fait de devoir assister à un match international en tant que spectateur ?

Neuer : Tous ceux qui me connaissent savent que j'ai toujours envie de jouer. Mais il était juste et important que l'entraîneur national prenne en compte la fatigue après le Final 8 de la Ligue des champions. C'était quand même un sentiment étrange de ne pas être là. Je connais la situation d'un match international manqué pour cause de blessure. Mais il était inhabituel pour moi d'être en forme et de ne pas jouer. Surtout en tant que capitaine, vous ressentez une certaine responsabilité.

DFB.de : En ce qui concerne les matchs internationaux de 2020, excepté la défaite en Espagne, seriez-vous d'accord avec la conclusion suivante : les prestations étaient globalement de bonne facture, les résultats certes mitigés, mais la progression est encourageante ?

Neuer : J'ai du mal à laisser de côté l'Espagne. Mais en se penchant sur l'année 2020, je suis d'accord pour dire que notre plus grande difficulté a été d’être réguliers dans nos résultats. Nous avons souvent concédé des buts tardifs qui ont noirci le tableau. L'année n'a pas été facile pour l'équipe nationale. D'abord, nous n'avons pas joué un seul match pendant longtemps, puis beaucoup en peu de temps. Nous n'avons eu que quelques séances d'entraînement et nous avons joué avec beaucoup de jeunes joueurs. Le fait d’avoir eu des hauts et des bas n'a pas été une grande surprise. Vous pouvez également voir l'ensemble de la situation de manière plus positive : C'est bien que ce ne soit pas une année de grand tournoi, car sans manquer de respect à cette compétition, la Ligue des nations n’a pas une importance aussi élevée. Le sélectionneur a eu l'occasion de tester de nombreux joueurs et différentes compositions . Pour 2021 et les années à venir, cela peut être très important.

DFB.de : Beaucoup de choses ont déjà été dites sur le match contre l'Espagne. Il était spécial pour vous aussi car il s’agissait de votre 96e sélection. Vous battiez ainsi le record de Sepp Maier. Que signifie pour vous le fait d'être le gardien allemand le plus capé ?

Neuer : C'est un peu étrange de dépasser Sepp Maier. C'est une légende pour moi, une figure incroyable, sur et en dehors du terrain. J'ai une bonne relation avec lui, nous sommes en contact et nous nous sommes également écrit avant le match. Je suis fier d'avoir défendu tant de fois les couleurs de l’Allemagne. C'est énorme. C'est aussi la preuve d'une certaine cohérence dans ma carrière. Je suis également reconnaissant envers toutes les personnes qui m'ont accompagné tout au long du chemin et qui m'ont aidé à devenir le gardien de but que je suis aujourd'hui.

DFB.de : Il y a plus de dix ans entre votre premier match et votre 96e. Vous avez fait vos débuts le 2 juin 2009 à Dubaï contre les Émirats arabes unis. Qu’auriez-vous pensé si on vous avait dit à l'époque que, dix ans plus tard, vous seriez champion du monde, gardien le plus capé et cinq fois « Meilleur gardien mondial » ?

Neuer : J'aurais dit : « je prends » (rires). Je ne sais pas si j'aurais pensé que c'était réaliste. Cela aurait probablement été assez présomptueux à l'époque.

DFB.de : Quelle est l'importance de ce premier match international ? Quels sont vos souvenirs de cette première apparition ?

Neuer : Je m'en souviens encore assez bien. Par exemple, c'était mon seul match international où aucun hymne n'a été joué avant la rencontre. Un cheikh est arrivé sur le terrain, a serré la main de tout le monde et puis ça a commencé. Il y a eu beaucoup de choses pendant le match lui-même, nous avons gagné 7-2, j'ai eu beaucoup de travail. Bien sûr, ma première sélection est un grand souvenir. A l'époque, je passais d'un monde à l'autre. Peu avant, j'ai rejoint l'équipe nationale des moins de 21 ans, nous sommes devenus champions d'Europe en Suède. On dit souvent, et non sans raison, que tous les succès ultérieurs sont liés à celui-ci.

DFB.de : Avec votre 96e sélection, vous êtes devenu le gardien allemand le plus expérimenté. L’Allemagne est considérée comme l’une des plus grandes nations de gardiens de buts. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Neuer : Pour moi, l'explication réside dans la tradition. L'Allemagne a été championne du monde en 1954 - et un Toni Turek exceptionnel y a joué un grand rôle. Il y a toujours eu des modèles à imiter et dont on pouvait s'inspirer, dans leur façon de jouer et de s’entraîner. Avant, on ne pouvait faire cela qu’au niveau local. Il n'y avait pas de vidéos, pas de réseaux sociaux où l'on peut aujourd'hui suivre les gardiens de but du monde entier. Il n'y avait que les modèles de chez nous. Et il était d'autant plus avantageux que ces modèles soient de si bons gardiens de but.

DFB.de : Chaque grand gardien a un successeur. Vous posez donc actuellement les bases pour que l'Allemagne puisse disposer de gardiens exceptionnels dans le futur ?

Neuer : La situation a changé. Si un jeune gardien de but sud-américain pense que mon jeu est génial, il peut trouver des informations de fond sur celui-ci sans trop d'efforts. Comment je m'entraîne, comment je me comporte dans le jeu, ce que je fais pour mon m’entretenir physiquement. Les gardiens de but allemands n'ont plus l'exclusivité. Cela se reflète également dans le fait que les différentes nations défendaient autrefois un certain style de gardiens de but et que ces différences n'existent plus ou sont beaucoup moins prononcées aujourd'hui. Mais je ne vois pas cela comme quelque chose de négatif : tout le monde peut apprendre de tout le monde, et tous les gardiens de but du monde en profitent - moi y compris.

DFB.de : Quel potentiel d'amélioration voyez-vous encore dans votre jeu ? Ou voulez-vous simplement maintenir votre niveau ?

Neuer : Bien sûr, je veux toujours m’améliorer. Je participe à chaque entraînement avec l'ambition de progresser. Je suis ambitieux, je suis perfectionniste, je ne suis jamais satisfait. Même s'il s'agit de détails, je vois de nombreux domaines dans lesquels je peux encore m'améliorer. Avant, j'aimais regarder "Eurogoals" et analyser le comportement des gardiens de but, maintenant je le fais surtout avec mon propre jeu. Mes déplacements, mon positionnement par rapport à l'adversaire - pour moi, il s'agit d'examiner chaque situation et de tirer des pistes d’amélioration pour l'avenir à partir d'éventuelles erreurs.

DFB.de : La campagne de l'équipe nationale se poursuit en mars avec des rencontres face à l'Islande, la Roumanie et la Macédoine du Nord dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2022. Êtes-vous d'accord pour dire que ces matchs sont également très importants en vue le Championnat d'Europe 2021 ?

Neuer : Bien sûr, mais c'est toujours comme ça avant les grands tournois. Nous devons prendre ces matchs au sérieux, mais ils doivent aussi servir de réparation pour le championnat d'Europe. En raison du calendrier serré, nous n'avons pas beaucoup d'autres occasions pour le faire. Nous n’avons pas de temps à perdre, nous devons être actifs et tirer le meilleur parti de chaque séance.

DFB.de : Que doit-il se passer lors de ces trois rencontres pour que le 6-0 contre l'Espagne disparaisse de l'esprit des gens ?

Neuer : C'est assez simple : nous devons bien jouer et avoir du succès. Même si c'est un cliché, nous devons aller de l’avant. On ne peut pas changer le passé. Avec les qualifications pour la Coupe du monde et le Championnat d'Europe, nous avons maintenant de nouvelles compétitions devant nous. Nous avons de grandes tâches qui nous attendent, et je suis très enthousiaste à l'idée de les relever avec l’équipe.

DFB.de : Quels sont vos objectifs pour l’EURO ? Jusqu’où l’équipe peut-elle aller ?

Neuer : Je nous crois capables de tout.

DFB.de : Tout ?

Neuer : Je suis une personne optimiste, je crois en nous, je crois que nous avons nos chances à l’EURO.

DFB.de : Quels sont les facteurs qui doivent être réunis pour que le tournoi soit un succès ?

Neuer : Nous savons à quel point le mental est important dans ce genre de tournoi, ainsi que la cohésion du groupe. Mon rôle, et celui des autres cadres, consiste à veiller à cela. Devenir champion d'Europe est un grand objectif, un objectif exceptionnel. Chacun d'entre nous doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour apporter la plus grande contribution possible cet été.

DFB.de : La mentalité doit être la bonne. Que faut-il d’autre pour que l'équipe réussisse un bon championnat d'Europe ?

Neuer : Nous devons stabiliser notre défense, il est évident que nous avons concédé trop de buts récemment. Ce n’est pas possible lors d’un grand tournoi. En tant qu'équipe, nous devons être plus compacts, les espaces entre les lignes doivent être plus petits, les distances plus courtes. De manière générale, il est important que nous communiquions davantage, que nous nous entraidions plus. Et je ne parle pas seulement des cadres. Les joueurs moins expérimentés doivent également prendre leurs responsabilités et signaler aux autres lorsqu'ils se trompent ou qu'une situation ne se déroule pas comme il faudrait. Si nous pouvons nous améliorer dans ces domaines, alors nous avons toutes les raisons d’aborder l’EURO avec optimisme.

DFB.de : Que doit accomplir l'équipe pour que ce soit un tournoi réussi ?

Neuer : Pour moi, le classement final n'est pas le seul facteur décisif. Je suis satisfait si nous tirons le meilleur de nos possibilités, si nous jouons au football avec passion, discipline, plaisir et enthousiasme. Je suis sûr que si nous y parvenons, nous pouvons aller très loin. Nous ne devons pas nous cacher.

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Manuel Neuer a été élu « Joueur de l'année » 2020 à une écrasante majorité par le Fan-Club de la Nationalmannschaft. Pour DFB.de, le gardien de but de 34 ans revient sur une année sportive exceptionnelle, parle de l'Allemagne en tant que nation de gardiens et se livre sur les objectifs de La Mannschaft pour l’EURO.

DFB.de : Avec quelles résolutions avez-vous commencé 2021, Monsieur Neuer ?

Manuel Neuer : La nouvelle année ne signifie pas grand chose pour moi, du moins pas dans le sens où je repense et adapte mon comportement ou mon attitude. C'est pourquoi je n'ai pas de résolution du Nouvel An. Je veux rester en bonne santé, faire tout ce que je peux pour mon sport, être digne de mon rôle de modèle et être là pour ma famille et mes amis. Mais c'est une résolution pour la vie et cela n'a rien à voir avec le Nouvel An.

DFB.de : Quels sont vos espoirs pour 2021 ?

Neuer : Le premier, le même que le monde entier je pense, c’est que nous puissions venir à bout de cette pandémie et retrouver nos vies d’avant. Lorsque cela se produira, j'espère que l'humanité se rendra compte de son privilège et saura mieux l’apprécier. Personnellement, j'espère que je resterai en bonne santé et sans blessure et que je continuerai à prendre du plaisir en jouant au football.

DFB.de : L'année 2021 a bien commencé pour l'international Manuel Neuer. Les supporters vous ont élu, via le Fan-Club de la Nationalmannschaft et de DFB.de « Joueur de l'année » 2020, avec plus de 50 % des suffrages vous plaçant à la première place. Avez-vous été surpris que le vote vous ait été aussi favorable ?

Neuer : Je n'y ai pas trop réfléchi avant. Mais le fait est, comme Oliver Bierhoff nous le dit souvent, que vous restez toujours un international En sélection, en club, même en tant que personne privée. Et il a raison sur ce point. Je crois que les fans ne regardent pas seulement les matchs internationaux, mais aussi les performances des joueurs nationaux dans leur ensemble. Et c'est pourquoi il était fort probable que le choix se porterait sur un joueur du Bayern Munich.

DFB.de : La liste de vos récompenses est longue comme le bras et compte désormais une ligne de plus. Quel prix individuel a le plus d'importance pour vous - celui de « Meilleur gardien mondial » ?

Neuer : Les prix décernés à ma fondation ont aussi une importance particulière, mais sur le plan sportif oui, rien ne vaut le titre de « Meilleur gardien mondial ». Être désigné comme le meilleur du monde à mon poste n’est pas négligeable.

DFB.de : Vous avez remporté ce titre pour la cinquième fois à la fin de l'année 2020. L'objectif est-il une sixième récompense pour devenir ainsi le seul détenteur du record ?

Neuer : Ces prix ne sont jamais un objectif immédiat, mais suivent les performances et les succès. Mon but est toujours d'améliorer mes performances et de réussir à bien jouer au football avec mes équipes. Une autre récompense n'est envisageable que si nous faisons un bon championnat d'Europe avec l'équipe nationale et que nous avons autant de succès avec le Bayern que l'année dernière. Surtout les années de tournoi, les deux choses doivent aller de pair : succès et bonnes performances tant avec l'équipe nationale qu'en club.

DFB.de : Des titres comme celui-ci ont-ils un impact sur votre jeu ? Quelle influence ont-ils sur les attaquants adverses ?

Neuer : Je ne sais pas si les récompenses jouent là-dessus, mais il est clair que dans les duels entre attaquants et gardiens, l’aspect psychologique est important. Je ne peux pas lire dans la tête des joueurs, donc je ne peux pas juger ce qu'ils pensent quand ils sont face à moi. Souvent, on dit que les attaquant pensent devoir faire quelque chose de spécial face à moi. Si c'est vrai - je ne le sais pas.

DFB.de : Et l’inverse ? Que se passe-t-il dans votre tête lorsque Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi apparaissent devant vous ? Avez-vous cette pensée : « Voici le meilleur joueur du monde, si je veux le contrer, je dois faire quelque chose de spécial » ? Ou bien les gardiens de but ont-ils l'avantage, dans cette situation, de ne pas avoir à agir eux-mêmes, mais de pouvoir réagir à une action ?

Neuer : Pour résumer, celui qui peut agir a toujours l'avantage. C'est aussi ce que je cherche. Mon jeu haut sur le terrain est conçu pour agir et déterminer les choses. C'est différent pour les duels en face à face. Quand Cristiano Ronaldo apparaît devant moi, bien sûr je connais ses capacités, je sais ce qu'il peut faire. Mais ses titres et ses récompenses ne changent pas mon comportement, ce sont ses compétences que je connais et auxquelles je me prépare.

DFB.de : Vous êtes le « Meilleur gardien mondial », votre collègue du Bayern, Robert Lewandowski, est le « Meilleur joueur mondial ». Ces titres sont-ils liés entre eux ?

Neuer : Pourquoi le seraient-ils ?

DFB.de : Parce qu'à l'entraînement, on apprend à stopper les tirs du meilleur footballeur du monde, et il apprend à tromper le meilleur gardien de but du monde.

Neuer : De manière générale, c’est toujours bénéfique de se mesurer aux meilleurs joueurs. Et de ce côté-là, nous sommes servis au Bayern. Quant à Lewi : Nous ne nous faisons pas de cadeau, je suis très heureux qu'il joue dans notre équipe et que nous puissions nous affronter à l'entraînement. C’est bien d’affronter des joueurs de haut niveau. Pour moi, il est clair qu’on joue comme on s’entraîne.

DFB.de : Non seulement vous avez gagné de nombreux titres en 2020, mais vous avez aussi été couvert de compliments. Après la finale de la Ligue des champions, Thomas Tuchel, alors entraîneur du PSG, a parlé de distorsion de la concurrence en ce qui concerne votre performance, et ce n'est qu'un exemple. Comment percevez-vous de tels commentaires ?

Neuer : Je suis très heureux des compliments qui viennent de gens qui connaissent leur métier. Les joueurs ou les entraîneurs, en d'autres termes. Pour reprendre votre exemple : c'était agréable d'entendre que Thomas Tuchel a une si haute opinion de moi. Mais j’apprécie encore plus les compliments des gens que je côtoie au quotidien. Cela ne doit pas toujours se faire sous forme de mots. Il est généralement bon pour moi de ressentir la satisfaction des entraîneurs et des coéquipiers. Mon jeu est risqué et offensif, il se développe grâce à ma confiance en mes capacités - et la confiance de mes coéquipiers est très importante à cet égard.

DFB.de : Sur Internet, vous trouverez des vidéos variées et incroyablement longues présentant vos meilleures actions en 2020. Avez-vous une action favorite ?

Neuer : En 2020, nous avons eu beaucoup de rencontres à élimination directe, beaucoup de finales, de matchs serrés avec la qualification en jeu. J'ai réussi à être présent pour l'équipe dans ces moments-là, même parfois dans des duels directs contre un adversaire. Je me souviens de ces situations avec plaisir, mais il n’y a pas une action que je place au-dessus des autres.

DFB.de : Lors de la finale de la Coupe d’Allemagne contre le Bayer Leverkusen, vous avez délivré une passe décisive pour Robert Lewandowski. Cette action n’a pas une place particulière ?

Neuer : Oui, ce genre d’action est « top ». Pour la réussir, il faut avant tout une bonne maîtrise du ballon. Pour ce qui concerne plus spécifiquement le poste de gardien de but, il s'agit plutôt d’arrêts ou d’actions en face à face. Parmi eux, certains ont plus d'importance en raison du contexte. Les sauvetages devant Neymar et Mbappé en finale de Ligue des champions en font partie, mais aussi quelques autres, par exemple en demi-finale contre Lyon.

DFB.de : En 2020, il y a eu quatre matchs internationaux que vous n’avez pas disputés. Qu'est-ce que cela vous a fait de devoir assister à un match international en tant que spectateur ?

Neuer : Tous ceux qui me connaissent savent que j'ai toujours envie de jouer. Mais il était juste et important que l'entraîneur national prenne en compte la fatigue après le Final 8 de la Ligue des champions. C'était quand même un sentiment étrange de ne pas être là. Je connais la situation d'un match international manqué pour cause de blessure. Mais il était inhabituel pour moi d'être en forme et de ne pas jouer. Surtout en tant que capitaine, vous ressentez une certaine responsabilité.

DFB.de : En ce qui concerne les matchs internationaux de 2020, excepté la défaite en Espagne, seriez-vous d'accord avec la conclusion suivante : les prestations étaient globalement de bonne facture, les résultats certes mitigés, mais la progression est encourageante ?

Neuer : J'ai du mal à laisser de côté l'Espagne. Mais en se penchant sur l'année 2020, je suis d'accord pour dire que notre plus grande difficulté a été d’être réguliers dans nos résultats. Nous avons souvent concédé des buts tardifs qui ont noirci le tableau. L'année n'a pas été facile pour l'équipe nationale. D'abord, nous n'avons pas joué un seul match pendant longtemps, puis beaucoup en peu de temps. Nous n'avons eu que quelques séances d'entraînement et nous avons joué avec beaucoup de jeunes joueurs. Le fait d’avoir eu des hauts et des bas n'a pas été une grande surprise. Vous pouvez également voir l'ensemble de la situation de manière plus positive : C'est bien que ce ne soit pas une année de grand tournoi, car sans manquer de respect à cette compétition, la Ligue des nations n’a pas une importance aussi élevée. Le sélectionneur a eu l'occasion de tester de nombreux joueurs et différentes compositions . Pour 2021 et les années à venir, cela peut être très important.

DFB.de : Beaucoup de choses ont déjà été dites sur le match contre l'Espagne. Il était spécial pour vous aussi car il s’agissait de votre 96e sélection. Vous battiez ainsi le record de Sepp Maier. Que signifie pour vous le fait d'être le gardien allemand le plus capé ?

Neuer : C'est un peu étrange de dépasser Sepp Maier. C'est une légende pour moi, une figure incroyable, sur et en dehors du terrain. J'ai une bonne relation avec lui, nous sommes en contact et nous nous sommes également écrit avant le match. Je suis fier d'avoir défendu tant de fois les couleurs de l’Allemagne. C'est énorme. C'est aussi la preuve d'une certaine cohérence dans ma carrière. Je suis également reconnaissant envers toutes les personnes qui m'ont accompagné tout au long du chemin et qui m'ont aidé à devenir le gardien de but que je suis aujourd'hui.

DFB.de : Il y a plus de dix ans entre votre premier match et votre 96e. Vous avez fait vos débuts le 2 juin 2009 à Dubaï contre les Émirats arabes unis. Qu’auriez-vous pensé si on vous avait dit à l'époque que, dix ans plus tard, vous seriez champion du monde, gardien le plus capé et cinq fois « Meilleur gardien mondial » ?

Neuer : J'aurais dit : « je prends » (rires). Je ne sais pas si j'aurais pensé que c'était réaliste. Cela aurait probablement été assez présomptueux à l'époque.

DFB.de : Quelle est l'importance de ce premier match international ? Quels sont vos souvenirs de cette première apparition ?

Neuer : Je m'en souviens encore assez bien. Par exemple, c'était mon seul match international où aucun hymne n'a été joué avant la rencontre. Un cheikh est arrivé sur le terrain, a serré la main de tout le monde et puis ça a commencé. Il y a eu beaucoup de choses pendant le match lui-même, nous avons gagné 7-2, j'ai eu beaucoup de travail. Bien sûr, ma première sélection est un grand souvenir. A l'époque, je passais d'un monde à l'autre. Peu avant, j'ai rejoint l'équipe nationale des moins de 21 ans, nous sommes devenus champions d'Europe en Suède. On dit souvent, et non sans raison, que tous les succès ultérieurs sont liés à celui-ci.

DFB.de : Avec votre 96e sélection, vous êtes devenu le gardien allemand le plus expérimenté. L’Allemagne est considérée comme l’une des plus grandes nations de gardiens de buts. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Neuer : Pour moi, l'explication réside dans la tradition. L'Allemagne a été championne du monde en 1954 - et un Toni Turek exceptionnel y a joué un grand rôle. Il y a toujours eu des modèles à imiter et dont on pouvait s'inspirer, dans leur façon de jouer et de s’entraîner. Avant, on ne pouvait faire cela qu’au niveau local. Il n'y avait pas de vidéos, pas de réseaux sociaux où l'on peut aujourd'hui suivre les gardiens de but du monde entier. Il n'y avait que les modèles de chez nous. Et il était d'autant plus avantageux que ces modèles soient de si bons gardiens de but.

DFB.de : Chaque grand gardien a un successeur. Vous posez donc actuellement les bases pour que l'Allemagne puisse disposer de gardiens exceptionnels dans le futur ?

Neuer : La situation a changé. Si un jeune gardien de but sud-américain pense que mon jeu est génial, il peut trouver des informations de fond sur celui-ci sans trop d'efforts. Comment je m'entraîne, comment je me comporte dans le jeu, ce que je fais pour mon m’entretenir physiquement. Les gardiens de but allemands n'ont plus l'exclusivité. Cela se reflète également dans le fait que les différentes nations défendaient autrefois un certain style de gardiens de but et que ces différences n'existent plus ou sont beaucoup moins prononcées aujourd'hui. Mais je ne vois pas cela comme quelque chose de négatif : tout le monde peut apprendre de tout le monde, et tous les gardiens de but du monde en profitent - moi y compris.

DFB.de : Quel potentiel d'amélioration voyez-vous encore dans votre jeu ? Ou voulez-vous simplement maintenir votre niveau ?

Neuer : Bien sûr, je veux toujours m’améliorer. Je participe à chaque entraînement avec l'ambition de progresser. Je suis ambitieux, je suis perfectionniste, je ne suis jamais satisfait. Même s'il s'agit de détails, je vois de nombreux domaines dans lesquels je peux encore m'améliorer. Avant, j'aimais regarder "Eurogoals" et analyser le comportement des gardiens de but, maintenant je le fais surtout avec mon propre jeu. Mes déplacements, mon positionnement par rapport à l'adversaire - pour moi, il s'agit d'examiner chaque situation et de tirer des pistes d’amélioration pour l'avenir à partir d'éventuelles erreurs.

DFB.de : La campagne de l'équipe nationale se poursuit en mars avec des rencontres face à l'Islande, la Roumanie et la Macédoine du Nord dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2022. Êtes-vous d'accord pour dire que ces matchs sont également très importants en vue le Championnat d'Europe 2021 ?

Neuer : Bien sûr, mais c'est toujours comme ça avant les grands tournois. Nous devons prendre ces matchs au sérieux, mais ils doivent aussi servir de réparation pour le championnat d'Europe. En raison du calendrier serré, nous n'avons pas beaucoup d'autres occasions pour le faire. Nous n’avons pas de temps à perdre, nous devons être actifs et tirer le meilleur parti de chaque séance.

DFB.de : Que doit-il se passer lors de ces trois rencontres pour que le 6-0 contre l'Espagne disparaisse de l'esprit des gens ?

Neuer : C'est assez simple : nous devons bien jouer et avoir du succès. Même si c'est un cliché, nous devons aller de l’avant. On ne peut pas changer le passé. Avec les qualifications pour la Coupe du monde et le Championnat d'Europe, nous avons maintenant de nouvelles compétitions devant nous. Nous avons de grandes tâches qui nous attendent, et je suis très enthousiaste à l'idée de les relever avec l’équipe.

DFB.de : Quels sont vos objectifs pour l’EURO ? Jusqu’où l’équipe peut-elle aller ?

Neuer : Je nous crois capables de tout.

DFB.de : Tout ?

Neuer : Je suis une personne optimiste, je crois en nous, je crois que nous avons nos chances à l’EURO.

DFB.de : Quels sont les facteurs qui doivent être réunis pour que le tournoi soit un succès ?

Neuer : Nous savons à quel point le mental est important dans ce genre de tournoi, ainsi que la cohésion du groupe. Mon rôle, et celui des autres cadres, consiste à veiller à cela. Devenir champion d'Europe est un grand objectif, un objectif exceptionnel. Chacun d'entre nous doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour apporter la plus grande contribution possible cet été.

DFB.de : La mentalité doit être la bonne. Que faut-il d’autre pour que l'équipe réussisse un bon championnat d'Europe ?

Neuer : Nous devons stabiliser notre défense, il est évident que nous avons concédé trop de buts récemment. Ce n’est pas possible lors d’un grand tournoi. En tant qu'équipe, nous devons être plus compacts, les espaces entre les lignes doivent être plus petits, les distances plus courtes. De manière générale, il est important que nous communiquions davantage, que nous nous entraidions plus. Et je ne parle pas seulement des cadres. Les joueurs moins expérimentés doivent également prendre leurs responsabilités et signaler aux autres lorsqu'ils se trompent ou qu'une situation ne se déroule pas comme il faudrait. Si nous pouvons nous améliorer dans ces domaines, alors nous avons toutes les raisons d’aborder l’EURO avec optimisme.

DFB.de : Que doit accomplir l'équipe pour que ce soit un tournoi réussi ?

Neuer : Pour moi, le classement final n'est pas le seul facteur décisif. Je suis satisfait si nous tirons le meilleur de nos possibilités, si nous jouons au football avec passion, discipline, plaisir et enthousiasme. Je suis sûr que si nous y parvenons, nous pouvons aller très loin. Nous ne devons pas nous cacher.

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