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Mats Hummels : la force tranquille

Que ce soit par le tacle ou la parole, Mats Hummels est un leader. Au fil des saisons, les mots du défenseur champion du monde sont devenus aussi clairs, précis et directs que son jeu balle au pied. En 2017, le monde a sans doute vu le meilleur Mats Hummels qu’il n’y ait jamais eu.

Au mois d’août 2017, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung posa à Mats Hummels une question originale et pleine de bon sens : aurait-il aimé, s’il était venu au monde une quarantaine d’années plus tôt, jouer au football dans un rôle de meneur de jeu à l’ancienne ? « Oui, peut-être », avait répondu celui dont les longues relances de l’extérieur du pied dégagent bien souvent le parfum d’un football aujourd’hui révolu. Celui des années 1970, la décennie la plus riche de l’histoire du football allemand jusqu’à ce jour. « Voire même plutôt libéro », ajouta-t-il ensuite. « Pour blaguer, certains me disent que j’en suis un. Je le dis aussi moi-même, d’ailleurs. Notamment lorsque je joue un ballon qu’un libéro de l’époque aurait joué de la même façon : récupération et relance instantanée. » Il sourit : « Je pense que je me serais bien amusé à l’époque. »

Encore plus qu’aujourd’hui, aurait-il dû préciser. Car à force de le voir s’amuser, les journaux allemands se laissent de plus en plus souvent aller à la nostalgie ; suite au match amical à Wembley face à l’Angleterre le 10 novembre (0-0), les comparaisons entre son style et celui de Franz Beckenbauer n’étaient pas rares. « Je ne les contredirai pas », réagit Hummels dans le journal Bild am Sonntag. « Je suis très flatté. » Il y a un siècle déjà, avant que le libéro ne soit remplacé par des défenses ‘à trois’ ou ‘à quatre’, le rôle de ce dernier englobait bien plus qu’un simple positionnement sur la pelouse : les grands de ce sport évoquaient avant tout une attitude, un esprit de liberté, qui dépassait les limites du terrain. Si Hummels correspond aujourd'hui si bien à cette description, c'est qu'il est un joueur libre. Libre de critiquer autant les supporters Ultras que les dérives de la commercialisation du football. Libre de « donner un sens plus profond aux sommes d’argent grandissantes générées par le football » et de devenir ainsi le premier joueur allemand majeur à se joindre à l’initiative Common Goal. Pour financer les projets sociaux de celle-ci dans le monde entier, Mats Hummels fait don d’un pourcent de son salaire brut, soit deux pourcents de son salaire net.

« Intouchable »

Parallèlement et malgré sa maturité, Hummels sait se faire plaisir et laisser ressurgir l’adolescent qui est en lui, comme lorsqu’il saute dans une piscine depuis sa fenêtre ou quand il partage ses talents de rappeur sur les réseaux sociaux. Il n’hésite pas non plus à faire usage de l’ironie, une rareté chez les footballeurs tant la moindre de leurs déclarations peut provoquer des réactions disproportionnées. Lorsqu’un internaute se plaignit avec véhémence sur Twitter après qu’Hummels ait écrit ‘Marvin Hitz’ au lieu de ‘Marwin Hitz’ (gardien du FC Augsbourg), Hummels répondit que c’était intentionnel. « Parce qu’il arrête toujours mes tentatives ».

Toutefois, un joueur ne peut sans doute se permettre ce type de communication que si ses performances sont au rendez-vous. C’est son cas : alors que de nombreux héros de la Coupe du monde 2014 sont aujourd’hui retraités, souvent blessés ou encore en méforme, Hummels a su prendre une importance toujours plus importante dans l’effectif de l’équipe d’Allemagne au cours des dernières années.

Le manager général de la Mannschaft Oliver Bierhoff l’a qualifié d’ « intouchable ». Difficile de lui donner tort : le meilleur exemple en date est la victoire 2-1 à Prague face à la République tchèque, celle qui permit à l’équipe d’Allemagne de foncer vers sa série historique de 10 victoires en 10 matchs de qualifications. Après 90 minutes de travail défensif acharné, Hummels inscrivit le but de la victoire d’une tête rageuse dans les dernières minutes de la partie. Outre sa performance sur le terrain, son comportement après la fin du match fut tout aussi remarquable : alors qu’une poignée d’Allemands présents en tribune avait cru bon de beugler des chants hitlériens, Hummels indiqua à ses coéquipiers de ne pas aller saluer les supporters. Dans la foulée, il n’y alla pas de main morte : « Une catastrophe » déclara-t-il au sujet du comportement desdits individus « qui n’ont rien à voir avec des fans de football » et « que nous avons le devoir de virer des stades. »

Capitaine pour sa 61e sélection

Deux mois plus tard, c’est assez logiquement que Mats Hummels porte le brassard du Spielführer en l’absence de Manuel Neuer ; son premier capitanat en 61 sélections. Après le match, Joachim Löw ne manqua pas de louer ses qualités de « stabilisateur de la défense ». Depuis ses débuts en équipe d’Allemagne en 2010 contre Malte, Hummels a longtemps eu des difficultés à s’affirmer comme un défenseur indispensable de l’équipe, Löw préférant le jeu fait de passes courtes ‘à l’espagnole’ aux longs ballons privilégiés à l’époque par Hummels.

Huit ans plus tard, Hummels possède tous les atouts d’un défenseur complet : relance, positionnement, timing dans le jeu de tête et puissance dans les duels. En l’observant de plus près, on note une autre qualité, presque indéfinissable : celle d’une lecture du jeu et de la stratégie de l’adversaire, qui lui permet souvent d’effectuer le bon geste au bon moment. Au point de donner l’impression qu’il aimante les ballons vers lui. Hummels ne dit pas le contraire : « Cela fait plaisir de voir tous les ballons finir sur mon crâne d’une manière ou d’une autre. »

Lire les intentions des attaquants est une qualité qui n’est pas si surprenante chez le champion du monde, lui-même ayant joué au poste d’attaquant pendant 10 ans lors de sa formation au Bayern Munich. Jusqu’à ce qu’il devienne « trop grand et trop lourd » et que son « explosivité sur les mouvements petits et rapides » disparaisse. Quelques années plus tard, alors que le Borussia Dortmund vient d’être sacré champion d’Allemagne, le journal kicker décrit le stoppeur de 22 ans comme « le prototype du défenseur moderne. (…) Il n’est pas un tacleur, pas une tondeuse à gazon. »

Impatient d’être à la retraite

Une seule qualité manquait encore à son tableau de chasse : la constance, qu’il n’aura su trouver qu’en maitrisant l’attaquant qui sommeille en lui. Après la Coupe du monde 2014, Hummels joue une saison décevante avec le Borussia Dortmund. Il se remet alors en question. « Aujourd’hui, je joue de façon moins risquée, moins spectaculaire, » affirme-t-il. « J’ai trouvé une énorme régularité, je ne fais pas de grosses erreurs. Je suis très heureux d’avoir trouvé cette sérénité, cet équilibre. Quand prendre un risque, quand ne pas le prendre, dans les duels, dans la construction. »

Aujourd’hui, Mats Hummels semble être au sommet de son art et espère « jouer encore quelques années à un très haut niveau. » Mais ce qu’il affirme attendre avec le plus d’impatience, c’est ce qui suivra. « Après ma carrière professionnelle, j’aimerais jouer dans des divisions plus basses » déclare-il à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Tout simplement m’entraîner, jouer, aller boire un coup avec les autres, discuter. Pas de rendez-vous marketing, pas de séance photo publicitaire. Juste du football. »

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Que ce soit par le tacle ou la parole, Mats Hummels est un leader. Au fil des saisons, les mots du défenseur champion du monde sont devenus aussi clairs, précis et directs que son jeu balle au pied. En 2017, le monde a sans doute vu le meilleur Mats Hummels qu’il n’y ait jamais eu.

Au mois d’août 2017, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung posa à Mats Hummels une question originale et pleine de bon sens : aurait-il aimé, s’il était venu au monde une quarantaine d’années plus tôt, jouer au football dans un rôle de meneur de jeu à l’ancienne ? « Oui, peut-être », avait répondu celui dont les longues relances de l’extérieur du pied dégagent bien souvent le parfum d’un football aujourd’hui révolu. Celui des années 1970, la décennie la plus riche de l’histoire du football allemand jusqu’à ce jour. « Voire même plutôt libéro », ajouta-t-il ensuite. « Pour blaguer, certains me disent que j’en suis un. Je le dis aussi moi-même, d’ailleurs. Notamment lorsque je joue un ballon qu’un libéro de l’époque aurait joué de la même façon : récupération et relance instantanée. » Il sourit : « Je pense que je me serais bien amusé à l’époque. »

Encore plus qu’aujourd’hui, aurait-il dû préciser. Car à force de le voir s’amuser, les journaux allemands se laissent de plus en plus souvent aller à la nostalgie ; suite au match amical à Wembley face à l’Angleterre le 10 novembre (0-0), les comparaisons entre son style et celui de Franz Beckenbauer n’étaient pas rares. « Je ne les contredirai pas », réagit Hummels dans le journal Bild am Sonntag. « Je suis très flatté. » Il y a un siècle déjà, avant que le libéro ne soit remplacé par des défenses ‘à trois’ ou ‘à quatre’, le rôle de ce dernier englobait bien plus qu’un simple positionnement sur la pelouse : les grands de ce sport évoquaient avant tout une attitude, un esprit de liberté, qui dépassait les limites du terrain. Si Hummels correspond aujourd'hui si bien à cette description, c'est qu'il est un joueur libre. Libre de critiquer autant les supporters Ultras que les dérives de la commercialisation du football. Libre de « donner un sens plus profond aux sommes d’argent grandissantes générées par le football » et de devenir ainsi le premier joueur allemand majeur à se joindre à l’initiative Common Goal. Pour financer les projets sociaux de celle-ci dans le monde entier, Mats Hummels fait don d’un pourcent de son salaire brut, soit deux pourcents de son salaire net.

« Intouchable »

Parallèlement et malgré sa maturité, Hummels sait se faire plaisir et laisser ressurgir l’adolescent qui est en lui, comme lorsqu’il saute dans une piscine depuis sa fenêtre ou quand il partage ses talents de rappeur sur les réseaux sociaux. Il n’hésite pas non plus à faire usage de l’ironie, une rareté chez les footballeurs tant la moindre de leurs déclarations peut provoquer des réactions disproportionnées. Lorsqu’un internaute se plaignit avec véhémence sur Twitter après qu’Hummels ait écrit ‘Marvin Hitz’ au lieu de ‘Marwin Hitz’ (gardien du FC Augsbourg), Hummels répondit que c’était intentionnel. « Parce qu’il arrête toujours mes tentatives ».

Toutefois, un joueur ne peut sans doute se permettre ce type de communication que si ses performances sont au rendez-vous. C’est son cas : alors que de nombreux héros de la Coupe du monde 2014 sont aujourd’hui retraités, souvent blessés ou encore en méforme, Hummels a su prendre une importance toujours plus importante dans l’effectif de l’équipe d’Allemagne au cours des dernières années.

Le manager général de la Mannschaft Oliver Bierhoff l’a qualifié d’ « intouchable ». Difficile de lui donner tort : le meilleur exemple en date est la victoire 2-1 à Prague face à la République tchèque, celle qui permit à l’équipe d’Allemagne de foncer vers sa série historique de 10 victoires en 10 matchs de qualifications. Après 90 minutes de travail défensif acharné, Hummels inscrivit le but de la victoire d’une tête rageuse dans les dernières minutes de la partie. Outre sa performance sur le terrain, son comportement après la fin du match fut tout aussi remarquable : alors qu’une poignée d’Allemands présents en tribune avait cru bon de beugler des chants hitlériens, Hummels indiqua à ses coéquipiers de ne pas aller saluer les supporters. Dans la foulée, il n’y alla pas de main morte : « Une catastrophe » déclara-t-il au sujet du comportement desdits individus « qui n’ont rien à voir avec des fans de football » et « que nous avons le devoir de virer des stades. »

Capitaine pour sa 61e sélection

Deux mois plus tard, c’est assez logiquement que Mats Hummels porte le brassard du Spielführer en l’absence de Manuel Neuer ; son premier capitanat en 61 sélections. Après le match, Joachim Löw ne manqua pas de louer ses qualités de « stabilisateur de la défense ». Depuis ses débuts en équipe d’Allemagne en 2010 contre Malte, Hummels a longtemps eu des difficultés à s’affirmer comme un défenseur indispensable de l’équipe, Löw préférant le jeu fait de passes courtes ‘à l’espagnole’ aux longs ballons privilégiés à l’époque par Hummels.

Huit ans plus tard, Hummels possède tous les atouts d’un défenseur complet : relance, positionnement, timing dans le jeu de tête et puissance dans les duels. En l’observant de plus près, on note une autre qualité, presque indéfinissable : celle d’une lecture du jeu et de la stratégie de l’adversaire, qui lui permet souvent d’effectuer le bon geste au bon moment. Au point de donner l’impression qu’il aimante les ballons vers lui. Hummels ne dit pas le contraire : « Cela fait plaisir de voir tous les ballons finir sur mon crâne d’une manière ou d’une autre. »

Lire les intentions des attaquants est une qualité qui n’est pas si surprenante chez le champion du monde, lui-même ayant joué au poste d’attaquant pendant 10 ans lors de sa formation au Bayern Munich. Jusqu’à ce qu’il devienne « trop grand et trop lourd » et que son « explosivité sur les mouvements petits et rapides » disparaisse. Quelques années plus tard, alors que le Borussia Dortmund vient d’être sacré champion d’Allemagne, le journal kicker décrit le stoppeur de 22 ans comme « le prototype du défenseur moderne. (…) Il n’est pas un tacleur, pas une tondeuse à gazon. »

Impatient d’être à la retraite

Une seule qualité manquait encore à son tableau de chasse : la constance, qu’il n’aura su trouver qu’en maitrisant l’attaquant qui sommeille en lui. Après la Coupe du monde 2014, Hummels joue une saison décevante avec le Borussia Dortmund. Il se remet alors en question. « Aujourd’hui, je joue de façon moins risquée, moins spectaculaire, » affirme-t-il. « J’ai trouvé une énorme régularité, je ne fais pas de grosses erreurs. Je suis très heureux d’avoir trouvé cette sérénité, cet équilibre. Quand prendre un risque, quand ne pas le prendre, dans les duels, dans la construction. »

Aujourd’hui, Mats Hummels semble être au sommet de son art et espère « jouer encore quelques années à un très haut niveau. » Mais ce qu’il affirme attendre avec le plus d’impatience, c’est ce qui suivra. « Après ma carrière professionnelle, j’aimerais jouer dans des divisions plus basses » déclare-il à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Tout simplement m’entraîner, jouer, aller boire un coup avec les autres, discuter. Pas de rendez-vous marketing, pas de séance photo publicitaire. Juste du football. »

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