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Deschamps : « Le vécu des Allemands avait fait la différence »

Le sélectionneur français Didier Deschamps a répondu aux questions de la fédération allemande de football avant le match amical entre l’Allemagne et la France à Cologne mardi soir (20h45).

Vous avez déjà affronté l’Allemagne à deux reprises en tant que sélectionneur : en quart de finale de la Coupe du monde 2014 et en demi-finale de l’EURO 2016. Qu’avez-vous retenu de ces deux duels ?

Il s'agit effectivement de deux matches très différents. En 2014, au Brésil, nous rencontrions en quarts de finale l'un des grands favoris de l’épreuve, et nous avions une équipe assez inexpérimentée au niveau international. Nous n'avions pas été franchement dominés, mais le vécu, l'expérience des Allemands avaient fait, assez logiquement, la différence. Et puis, il n'y a rien d'infâmant à être éliminés par le futur champion du monde ! Deux ans plus tard à l’EURO, l'équipe de France avait gagné en maturité, le match a été une nouvelle fois très serré, ça s'est encore joué à peu de choses, mais les événements ont tourné en notre faveur...avec l'appui d'un public exceptionnel.

Après la finale de l’EURO perdue à domicile face au Portugal, était-ce difficile de regarder à nouveau vers l’avant, vers le prochain objectif, la Coupe du monde 2018 ?

C'est dur, très dur de perdre une finale à domicile... Mais bon, il devait être écrit quelque part que c'était l'année du Portugal... Le jour de récupération supplémentaire dont ont bénéficié les Portugais a sans doute été déterminant... Mais on ne refait jamais un match, le passé est le passé, on n'y peut rien changer. Mais on est reparti tout de suite sur de nouveaux objectifs, la qualification à la Coupe du Monde 2018, et cette génération de joueurs n'est pas du genre à se poser trop de questions donc on n'a pas traîné cette défaite en finale de l' Euro comme un boulet.

Cela vous aide-t-il en tant qu’entraîneur, par exemple dans le discours, d’avoir déjà remporté une Coupe du monde et un EURO en tant que joueur ?

Dans une existence, toutes les expériences sont utiles. Dans tous les domaines. Dès le début de ma carrière professionnelle de joueur, j'ai été très curieux de tout. J’observais, je posais des questions... Alors, évidemment, tout cela est utile par la suite. On ne retient que le positif, on oublie le reste. De tous les entraîneurs que j'ai côtoyés, j'ai pris chez les uns et chez les autres ce que je croyais bon. Pas pour copier ou reproduire bêtement, mais pour nourrir ma réflexion.

Quels sont pour vous les ingrédients les plus importants pour remporter un tournoi ?

Sans ordre préférentiel : des joueurs de qualité, la fraîcheur physique et mentale, un vécu au niveau international... et puis ce petit brin de réussite indispensable, la balle qui tape le poteau et qui rentre au lieu de sortir !

Et où se situe votre équipe ? Est-elle mûre pour le titre ?

Qui peut oser dire que son équipe est prête à gagner la Coupe du Monde ! Ce que je sais, c'est que nous aurons un effectif de qualité, que nous aurons encore gagné, collectivement, en expérience même si beaucoup d'éléments seront encore très jeunes, et qu'une grosse ambition nous habitera. Pour le reste, il y aura les matchs à jouer, aucun ne sera facile et la compétition réservera son lot habituel de surprises. Il faudra être du bon côté...

1998 et 2000 furent les années Zinedine Zidane, qui a marqué le football mondial comme presque personne. Quelle importance accordez-vous à un tel joueur et votre équipe a-t-elle aujourd’hui quelqu’un de comparable ?

C'est toujours dangereux et injuste de ramener une époque ou un succès à un seul joueur... Nous sommes 23 à avoir gagné la Coupe du Monde ou l’EURO. Et parmi ces 23, bien sûr, il y avait ce joueur d'exception qui s'appelait Zidane, un fabuleux créateur de jeu, un artiste incomparable. Et c'est pour ça que les comparaisons ne riment pas à grand-chose. Il y a eu un seul Beckenbauer, il y a un seul Messi… On peut simplement évoquer des profils semblables.

Qu’en est-il des joueurs comme vous, qui courent beaucoup, qui n’ont jamais peur des duels et qui assurent les arrières des « créateurs » ? Disposez-vous de tels joueurs aujourd’hui ?

J'ai toujours dit que pour faire une bonne équipe, il fallait à la fois de bons architectes et de bons maçons. Zidane a été un grand architecte, je pense avoir été un bon maçon... On trouve peut-être plus souvent de bons maçons que de grands architectes, mais je suis fier et heureux d'avoir mis mes qualités de maçon au service de joueurs comme Zidane.

De jeunes Français comme Mbappé, Dembélé ou Lemar ont beaucoup fait parler d’eux pendant l’été. N’est-ce qu’une question de temps avant de voir la France redevenir championne du monde ou d’Europe ?

C'est tout le mal que je leur souhaite : gagner une Coupe du monde ou un EURO, ou les deux. Maintenant, fixer des dates ne rime à rien. Une carrière est pleine d'imprévus, elle n'est jamais linéaire. Ils connaîtront des hauts et des bas, ils devront savoir gérer les uns et les autres. Mais, c'est vrai, aujourd'hui, à leur âge, ils sont déjà dans des très grands clubs et leur avenir s'annonce très prometteur...

De nos jours, les jeunes peuvent être très expérimentés. Cela a-t-il des conséquences sur votre travail ?

Oui, les générations se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Les jeunes d'aujourd'hui ont une confiance en eux assez étonnante, ils ne se posent pas de questions inutiles et prennent les choses comme elles viennent, avec ce qui pourrait parfois passer pour de l'insouciance ou de la désinvolture. Ils veulent tout tout de suite, la patience n'est pas leur qualité principale… Donc, il faut les prendre comme ils sont, miser sur ces points forts... en les ramenant aux fondamentaux et à la réalité quand il le faut.

Un sélectionneur national français n’est-il bon que s’il remporte un titre ?

C'est partout pareil. Ce sont les résultats qui conditionnent tout, y compris le statut et la notoriété du sélectionneur. Aimé Jacquet disait : pour une balle qui tape la barre et qui rentre, on peut devenir un héros, mais si la même balle tape la barre et sort, tu deviens un zéro... Tout est dit. Et pourtant le sélectionneur-entraîneur, dans les deux cas, aura fait le boulot avec le même sérieux, aura préparé son équipe avec la même application.

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Le sélectionneur français Didier Deschamps a répondu aux questions de la fédération allemande de football avant le match amical entre l’Allemagne et la France à Cologne mardi soir (20h45).

Vous avez déjà affronté l’Allemagne à deux reprises en tant que sélectionneur : en quart de finale de la Coupe du monde 2014 et en demi-finale de l’EURO 2016. Qu’avez-vous retenu de ces deux duels ?

Il s'agit effectivement de deux matches très différents. En 2014, au Brésil, nous rencontrions en quarts de finale l'un des grands favoris de l’épreuve, et nous avions une équipe assez inexpérimentée au niveau international. Nous n'avions pas été franchement dominés, mais le vécu, l'expérience des Allemands avaient fait, assez logiquement, la différence. Et puis, il n'y a rien d'infâmant à être éliminés par le futur champion du monde ! Deux ans plus tard à l’EURO, l'équipe de France avait gagné en maturité, le match a été une nouvelle fois très serré, ça s'est encore joué à peu de choses, mais les événements ont tourné en notre faveur...avec l'appui d'un public exceptionnel.

Après la finale de l’EURO perdue à domicile face au Portugal, était-ce difficile de regarder à nouveau vers l’avant, vers le prochain objectif, la Coupe du monde 2018 ?

C'est dur, très dur de perdre une finale à domicile... Mais bon, il devait être écrit quelque part que c'était l'année du Portugal... Le jour de récupération supplémentaire dont ont bénéficié les Portugais a sans doute été déterminant... Mais on ne refait jamais un match, le passé est le passé, on n'y peut rien changer. Mais on est reparti tout de suite sur de nouveaux objectifs, la qualification à la Coupe du Monde 2018, et cette génération de joueurs n'est pas du genre à se poser trop de questions donc on n'a pas traîné cette défaite en finale de l' Euro comme un boulet.

Cela vous aide-t-il en tant qu’entraîneur, par exemple dans le discours, d’avoir déjà remporté une Coupe du monde et un EURO en tant que joueur ?

Dans une existence, toutes les expériences sont utiles. Dans tous les domaines. Dès le début de ma carrière professionnelle de joueur, j'ai été très curieux de tout. J’observais, je posais des questions... Alors, évidemment, tout cela est utile par la suite. On ne retient que le positif, on oublie le reste. De tous les entraîneurs que j'ai côtoyés, j'ai pris chez les uns et chez les autres ce que je croyais bon. Pas pour copier ou reproduire bêtement, mais pour nourrir ma réflexion.

Quels sont pour vous les ingrédients les plus importants pour remporter un tournoi ?

Sans ordre préférentiel : des joueurs de qualité, la fraîcheur physique et mentale, un vécu au niveau international... et puis ce petit brin de réussite indispensable, la balle qui tape le poteau et qui rentre au lieu de sortir !

Et où se situe votre équipe ? Est-elle mûre pour le titre ?

Qui peut oser dire que son équipe est prête à gagner la Coupe du Monde ! Ce que je sais, c'est que nous aurons un effectif de qualité, que nous aurons encore gagné, collectivement, en expérience même si beaucoup d'éléments seront encore très jeunes, et qu'une grosse ambition nous habitera. Pour le reste, il y aura les matchs à jouer, aucun ne sera facile et la compétition réservera son lot habituel de surprises. Il faudra être du bon côté...

1998 et 2000 furent les années Zinedine Zidane, qui a marqué le football mondial comme presque personne. Quelle importance accordez-vous à un tel joueur et votre équipe a-t-elle aujourd’hui quelqu’un de comparable ?

C'est toujours dangereux et injuste de ramener une époque ou un succès à un seul joueur... Nous sommes 23 à avoir gagné la Coupe du Monde ou l’EURO. Et parmi ces 23, bien sûr, il y avait ce joueur d'exception qui s'appelait Zidane, un fabuleux créateur de jeu, un artiste incomparable. Et c'est pour ça que les comparaisons ne riment pas à grand-chose. Il y a eu un seul Beckenbauer, il y a un seul Messi… On peut simplement évoquer des profils semblables.

Qu’en est-il des joueurs comme vous, qui courent beaucoup, qui n’ont jamais peur des duels et qui assurent les arrières des « créateurs » ? Disposez-vous de tels joueurs aujourd’hui ?

J'ai toujours dit que pour faire une bonne équipe, il fallait à la fois de bons architectes et de bons maçons. Zidane a été un grand architecte, je pense avoir été un bon maçon... On trouve peut-être plus souvent de bons maçons que de grands architectes, mais je suis fier et heureux d'avoir mis mes qualités de maçon au service de joueurs comme Zidane.

De jeunes Français comme Mbappé, Dembélé ou Lemar ont beaucoup fait parler d’eux pendant l’été. N’est-ce qu’une question de temps avant de voir la France redevenir championne du monde ou d’Europe ?

C'est tout le mal que je leur souhaite : gagner une Coupe du monde ou un EURO, ou les deux. Maintenant, fixer des dates ne rime à rien. Une carrière est pleine d'imprévus, elle n'est jamais linéaire. Ils connaîtront des hauts et des bas, ils devront savoir gérer les uns et les autres. Mais, c'est vrai, aujourd'hui, à leur âge, ils sont déjà dans des très grands clubs et leur avenir s'annonce très prometteur...

De nos jours, les jeunes peuvent être très expérimentés. Cela a-t-il des conséquences sur votre travail ?

Oui, les générations se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Les jeunes d'aujourd'hui ont une confiance en eux assez étonnante, ils ne se posent pas de questions inutiles et prennent les choses comme elles viennent, avec ce qui pourrait parfois passer pour de l'insouciance ou de la désinvolture. Ils veulent tout tout de suite, la patience n'est pas leur qualité principale… Donc, il faut les prendre comme ils sont, miser sur ces points forts... en les ramenant aux fondamentaux et à la réalité quand il le faut.

Un sélectionneur national français n’est-il bon que s’il remporte un titre ?

C'est partout pareil. Ce sont les résultats qui conditionnent tout, y compris le statut et la notoriété du sélectionneur. Aimé Jacquet disait : pour une balle qui tape la barre et qui rentre, on peut devenir un héros, mais si la même balle tape la barre et sort, tu deviens un zéro... Tout est dit. Et pourtant le sélectionneur-entraîneur, dans les deux cas, aura fait le boulot avec le même sérieux, aura préparé son équipe avec la même application.

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